élèves et étudiants à l'ENS

Note de réflexion adoptée par le Conseil d’Administration de l’A-Ulm du 27 janvier 2013

Dans le rapport de juin 2008 du groupe de réflexion de l’A-Ulm sur « l’Ecole Normale Supérieure du 21ème siècle », étaient exprimées un certain nombre d’inquiétudes sur les conséquences du recrutement à l’Ecole d’étudiants ne s’étant pas présentés ou n’ayant pas été reçus au concours d’entrée et sur la mise en place d’un diplôme de l’ENS.

Aujourd’hui, nous souhaitons rappeler et préciser ces réflexions.

En premier lieu, la taille relativement petite de l’Ecole ne nous semble pas une question pertinente : en effet, d’une part l’ENS fait partie maintenant d’un ensemble beaucoup plus important, PSL, mais surtout l’Ecole, malgré sa petite taille, est régulièrement l’un des établissements français les mieux placés dans les classements internationaux.

Mais le point le plus important reste, nous semble-t-il, la raison d’être et la vocation de l’Ecole : avant toute autre chose, l’ENS a pour mission de former pour la Nation des chercheurs et professeurs du meilleur niveau dans les disciplines scientifiques et littéraires. C’est cet objectif, largement assumé par l’Ecole depuis sa création, qui justifie un statut particulier pour ses élèves, celui d’élèves fonctionnaires stagiaires. A ce statut est associé un engagement décennal à travailler pour l’Etat, très largement respecté par les anciens élèves. Le fait que quelques uns choisissent de quitter la fonction publique pour entrer dans le parapublic ou dans le privé ne fait que souligner le rôle positif que joue la formation des normaliens pour le pays. En outre, l’accueil de doctorants non normaliens dans les laboratoires est également une conséquence très positive de la formation, épaulée par la recherche, donnée aux normaliens.

Dans ce contexte la sélection hors des concours existants, selon des critères de choix explicites, d’un très petit nombre d’étudiants n’ayant pas pu pour une raison ou une autre être recrutés par concours peut se justifier, notamment pour des disciplines en émergence, pour lesquelles aucun concours n’est ouvert. L’idéal serait qu’ils puissent alors bénéficier d’un statut aussi voisin que possible de celui des élèves recrutés sur les concours traditionnels.

En revanche, le recrutement hors concours, tel qu’il se pratique depuis quelques années, d’un nombre important d’ « étudiants », parfois parmi les premiers non reçus au concours, sans statut particulier donc sans engagement vis-à-vis de l’Etat, et qui ont la possibilité de passer un nouveau diplôme propre à l’Ecole, nous semble entraîner une confusion difficilement gérable sur le statut de « normalien » et remettre en cause la vocation principale de l’Ecole au service de l’Etat. Cette remarque ne concerne naturellement pas les étrangers qui ont toute leur place au sein de l’Ecole.

Il nous semble que l’alternative est la suivante : ou bien les « étudiants » sont des « auditeurs » et on ne voit pas pourquoi leur délivrer un diplôme différent des diplômes universitaires classiques (trop d’ambiguïtés et d'incertitudes subsistent concernant le récent « diplôme de l'ENS »,sa valeur, sa faible reconnaissance et son contenu) ; ou bien on veut leur donner un statut se rapprochant de celui des élèves, mais alors il conviendrait que leur nombre soit réduit et que le processus de choix soit sérieusement défini et contrôlé, afin d’éviter toute confusion sur la qualité de « normalien » et de ne pas remettre en cause l’image, le positionnement et la vocation de l’Ecole, sans même parler des problèmes d’intendance et de budget.

 
Nous souhaitons donc insister sur la nécessité de clarifier cette situation. Il conviendrait que l’Ecole garde son rôle de recrutement des jeunes gens du meilleur niveau pour les amener à des carrières publiques d’enseignants et de chercheurs, ce qu’elle fait avec le succès que l’on connaît (un laboratoire de l’Ecole vient par exemple de se voir attribuer son troisième prix Nobel), faute de quoi on s’orienterait progressivement vers une remise en cause profonde de la vocation de l’Ecole, la ramenant à un rôle de formation générale à la recherche sans référence au service de l’Etat. Ceci existe déjà dans les universités et pourrait conduire à terme à fragiliser le statut actuel des élèves, ce qui ne serait probablement pas sans conséquence auprès des meilleurs étudiants actuellement prêts à s’investir dans la préparation du concours.

Nous avons proposé depuis le rapport de 2008 des évolutions propres à mieux intégrer l’Ecole dans le monde actuel, et nous continuerons à y réfléchir. Par contre, nous sommes convaincus que l’excellence, marque de fabrique de l’Ecole, l’attractivité de l’excellence et la reconnaissance de l’excellence ne se bâtissent et ne se maintiennent que dans la continuité, la clarté et l’exigence, toutes caractéristiques auxquelles il nous semble essentiel de se référer aujourd’hui.