Archicube 39
É D I T O R I A L
La première, le 18 septembre en salle Dussane, était coorganisée par l’École, la fondation de l’ENS et l’a-Ulm. Elle a porté sur la réunion des ENS de Sèvres et d’Ulm à l’occasion du 40e anniversaire du décret de fusion entre les deux écoles.
Il serait plus approprié de parler de regard critique que de célébration. Au début des années 1980, l’une et l’autre école étaient en crise : elles ne parvenaient pas toujours à remplir les promotions et les débouchés des élèves étaient incertains. La fusion a fait partie d’un ensemble de mesures : des moyens supplémentaires ont été accordés par le gouvernement (alors dirigé par Laurent Fabius) et des poste d’AMN (contrats doctoraux d’enseignement pour normaliens) ont été créés en 1989, confortant le principe de la formation par la recherche. L’École fusionnée en est incontestablement sortie renforcée.
Mais tandis que le décret était très clair – un nouvel établissement, l’École normale supérieure, prenait la suite des deux établissements précédents –, tout s’est passé comme si « Ulm» avait absorbé « Sèvres ». Les sévriennes en gardent un goût amer, ce qu’interventions et témoignages lors de la journée ont bien montré. Amertume renforcée par
le long délai (dix ans !) qui a été nécessaire pour parvenir à fusionner les associations d’anciens ; si l’associationmasculine a accepté les femmes reçues aux concours mixte à partir de 1986, elle ne s’est pasmontrée très pressée d’accueillir les sévriennes !
Le travail historique va se poursuivre et l’a-Ulm, qui se consacre notamment à la mémoire normalienne, y jouera tout son rôle.
La mixité a eu une autre conséquence, désastreuse pour les candidates en sciences.
Alors que les cinq promotions 1981-1985 de Sèvres et d’Ulmavaient comporté respectivement 114 femmes et 199 hommes en mathématiques et en physique, on est passé, dans les cinq promotions 1986-1990 de l’école fusionnée, à 33 femmes et 279 hommes.
Hélas, la situation ne s’est guère améliorée depuis : en 2025, sur les listes principales des élèves fonctionnaires reçus aux concours en mathématiques, en physique et en informatique, on compte 10 femmes et 58 hommes !
Cette situation n’est pas acceptable, mais les solutions ne sont pas simples.
Faire évoluer les modes de recrutement, rendre les études dans ces domaines plus attirantes pour les filles, agir très en amont dans les collèges et les lycées sont autant de pistes. Notre association peut et doit y contribuer.
La seconde journée d’études, le 14 octobre, dédiée aux relations entre les ENS et la Roumanie, a été initiée par le club ÄtefanVârgolici de l’a-Ulmet coorganisée avec l’École. Le président de laRoumanie,NicuõorDan (1992 s),mathématicien, a fait l’honneur d’ouvrir la journée depuis son bureau à Bucarest.
Le club ÄtefanVârgolici (du nomdu premier normalien roumain reçu en 1867) réunit les nombreux archicubes et anciens pensionnaires roumains de l’École : entre 1992 et 2005, ce sont plus de 120 jeunesRoumains qui ont fait leurs études
dans l’une des ENS grâce à un programme de bourses décidé en commun avec l’ambassade de France, auxquels s’ajoute un aux régulier de Roumains reçus aux concours de fonctionnaires stagiaires ou dans la sélection internationale. Lors de
cette journée où l’ancienneté des relations universitaires entre la Roumanie et la France, tout comme leur actualité, ont étémises au jour et débattues, les exposés ont témoigné du rôle décisif que leur passage à l’ENS a joué dans le parcours de nos camarades roumains, qu’ils soient restés en France ou rentrés en Roumanie.
L’un des objectifs est, naturellement, de donner une nouvelle impulsion à ces relations, si importantes dans le contexte géopolitique actuel.
On le voit, notre association est active et impliquée : elle l’est aussi par ses actions de solidarité grâce à la vitalité de son service carrière, par les aides qu’elle apporte à nos camarades en diÓculté et par son soutien renouvelé aux projets des normaliennes et normaliens en scolarité.
Un mot pour finir sur notre revue, dont vous avez la dernière livraison entre les mains et qui ne constitue pas la moindre des actions de l’a-Ulm. Elle paraît en janvier, un peu plus tard que d’habitude, et les numéros suivants sont programmés
pour septembre 2026 et mars 2027 : ce nouveau calendrier doit permettre d’en augmenter la diffusion. La rubrique des comptes rendus de livres s’est progressivement enrichie, illustrant ainsi de manière un peu moins incomplète l’abondante production des archicubes.
Le thème du présent dossier est la vitesse : tout va plus vite, tout va trop vite – vieille rengaine, mais qui n’est pas dépourvue de vérité. On commence par la physique, comme il se doit, car c’est avec elle qu’on est passé, au XVIIe siècle, du concept intuitif de mouvement (avec lequel il était impossible de réfuter les paradoxes de Zénon) à une déÖnition mathématiquement correcte de la vitesse. Une nouvelle fois, les membres du comité de rédaction ont réuni des contributions riches et foisonnantes, qui illustrent le concept de vitesse sous les angles les plus divers. Merci à elles et à eux !
Martin Andler (1970 s)
Président de l'a-Ulm
SOMMAIRE
Éditorial, Martin Andler 5
LE DOSSIER : À TOUTE VITESSE
Introduction
Vite ! Un (très) bref dialogue sur la vitesse, David Brunat 11
Mesurer et contrôler la vitesse ?
De la construction du concept de vitesse à l’algorithme de la cinématique, Michel Blay 15
La mesure de la vitesse de la lumière, James Lequeux 21
Ralentir les atomes avec des lasers, Michèle Leduc 26
Une vitesse limite ?, Marc Lachièze-Rey 32
À quelle vitesse vieillissons-nous ?, Jean-Pierre Henry 35
À quelle vitesse la vie évolue-t-elle ?, François Bouvier 41
Vitesse et société
Le train à grande vitesse, Pierre Messulam 49
Les torpilles Chkval à vitesse élevée, Wladimir Mercouroff 55
Vitesse et innovation, Marylène Delbourg-Delphis 56
Les contretemps du travail : l’urgence de ralentir.
Conversation avec Dominique Méda et Céline Marty 62
Épargne et vitesse de circulation de la monnaie, Frédéric Poulon 67
Marchés Önanciers – La Bourse – « Time is money ».
Entretien avec Jean-Philippe Bouchaud 69
Transactions à haute fréquence ou high-frequency trading (HFT), Wladimir Mercouroff 76
Vivre la vitesse
Temps et vitesse chez les animaux. La tentation de la mesure, David Robbe 77
La vitesse au-delà du principe de plaisir, Olivier Laurini 82
Temps, vitesse et urgence en psychanalyse. Entretien avec Sophie Mendelsohn 89
Vitesse au Stade de France, Amandine Aftalion 94
Une vie à la hâte, Georges Chapouthier 98
Culture, vitesse et lenteur
Vitesse et tempo. Que nous dit la musique ?, Violaine Anger 100
Comment dansent les corps ? Dynamique et performance, Diane-Iris Ricaud 106
Modern Love, ou quelques aventures de la vitesse au cinéma, Jean-Michel Frodon 111
Vitesse vs. lenteur au vertige des arts (XIXe- XXIe siècle), Sylvie Dallet 115
Tardius, altius, fortius : à l’école des Anciens, Jean-Auguste Poulon 122
Alcools d’Apollinaire : impatience, multiplicité et mouvement du monde, Jean Hartweg 126
À propos de Les Hommes lents. Résister à la modernité (XVe-XXe siècle)
[Paris, Flammarion, 2020]. Entretien avec Laurent Vidal 130
LES NORMALIENS PUBLIENT 137
Recensions de Martin Andler, Jean Audouze, Océane Gustave, Jean Hartweg,
Lucie Marignac, Wladimir Mercouroff, Claudine Monteil, Chloé Rouillon, Pierre Verschueren
Publications récentes de membres de la communauté normalienne 158
ULMI &ORBI 167
« ÉTÉ 2025 ! »
2025, premier prix Petitmengin
Prix de l’innovation
Fusion Sèvres / Ulm
Journée Portes ouvertes
Médailles, prix et récompenses
Nouvelles bourses
ENS/PSL
Pour rester dans l’actualité
Et pour finir en beauté !
L E S N O R M A L I E N S P U B L I E N T
David Brunat, À la machine. Les vies d’Élisabeth de Miribel , préface d’Hervé Gaymard, Paris, La Thébaïde, 2024.
Christophe Charle, Racines, rameaux, feuilles. Essai de généalogie sociale et intellectuelle, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2025.
Thierry Hoquet, Histoire (dé)coloniale de la philosophie française. De la Renaissance à nos jours, Paris, PUF, 2025.
Christophe Kerrero, L’école n’a pas dit son dernier mot, Paris, Robert Laffont, 2025.
Albert Lautman philosophe. Des mathématiques à la Résistance, sous la direction de Christophe Eckes, Frédéric Jaëck, Baptiste Mèlès et Jean-Jacques Szczeciniarz, préface de Frédéric Worms, « Actes de la recherche à l’ENS-PSL » 39, Paris, Rue d’UIm, 2025. Publié avec le soutien de la Société des amis de Jean Cavaillès, des Archives Husserl et de l’a-Ulm.
Gérard Salamon, De l’insoupçonnée utilité du latin. Fragments d’une vie espiègle, Neuilly-sur-Seine, Atlande, 2025.
Nicolas Samsoen, D’excellents Français. Comment faire de l’immigration une chance, Paris, Grasset, 2025.
Sénèque, Fragments et témoignages. Épigrammes , introduits et traduits par Robert Muller, Paris, Vrin, 2025.


