GUILLAUME (épouse CROCE) Cécile - 1947 S

GUILLAUME (Cécile, épouse CROCE), née le 13 avril 1927 à Strasbourg, décédée le 17 février 2013 à Paris. – Promotion de 1947 S. Guillaume Croce


Cécile Guillaume était la quatrième d’une famille nombreuse de sept enfants, profondément heureuse, très unie, dans un foyer toujours ouvert et chaleureux . En 1940, sa famille venait d’être chassée de Strasbourg où son père enseignait la géologie à la faculté . Arrivée à Paris le 1er novembre, Cécile entrait dès le lendemain au lycée Fénelon, avec ses deux sœurs plus jeunes, Françoise et Madeleine . Les quatre frères, pour leur part entraient aux lycées Saint-Louis

et Louis-le-Grand . L’hiver fut très rude, et l’installation à Paris ne le fut pas moins pour cette famille sans meubles (ils avaient été vendus par l’occupant à Strasbourg) et avec si peu de valises . C’était la guerre, il fallait faire face .

La première année passée, Cécile, impressionnée par les cours de madame Parodi, s’oriente vers les sciences, physique et chimie . Le baccalauréat passé, elle entre tout naturellement en « classe prépa . » NSE (Normale Sciences Expérimentales), où les cours de madame Flamant et de madame Grédy la confortent dans son choix . C’est donc en physicienne qu’elle entre à la rue d’Ulm en 1947 .

Reçue à l’agrégation en 1951, elle obtient son premier poste à Bourges : première année d’enseignement, attristée par la mort accidentelle de son père à Strasbourg où il avait repris son poste après avoir participé intensément pendant dix ans, en tant que géologue, à la création de ce qui est devenu le BRGM . En octobre 1952, elle est nommée au lycée d’Aix-en-Provence, où elle enseigne en classe de préparation à Fontenay jusqu’en juillet 1956 . En octobre 1956, elle arrive à Paris au lycée Claude- Monet, alors annexe du lycée Fénelon . Un an après, en 1957, elle est nommée professeur en classe de NSE première année au même lycée Fénelon, qu’elle avait quitté dix ans auparavant . Elle était heureuse de retrouver les professeurs qui étaient à l’origine de sa carrière .

Comme un bonheur ne vient jamais seul, au printemps 1958, elle unit sa vie à celle de Paul Croce (1947 s), un camarade de promotion de la rue d’Ulm, physicien comme elle et devenu chercheur à l’Institut d’optique .

Trente années durant, madame Croce a laissé une forte empreinte sur ses élèves . Elle enseignait la physique et la chimie avec une conviction communicative . Elle se montrait particulièrement attentive à la manière dont son enseignement passait dans l’esprit de chacun d’entre eux, corrigeant énergiquement toute défaillance à la rigueur scientifique . Elle émaillait ses propos de réflexions issues de ses origines paysannes – auvergnates, voire corses comme le pays béni de son époux − et ses réparties réjouis- saient les élèves pris en faute, les remettant plaisamment sur le droit chemin .

N’ayant pas eu le bonheur d’avoir des enfants, elle était très sensible aux problèmes qui pouvaient entraver les études de l’un(e) ou l’autre de ses élèves : elle aurait déplacé des montagnes pour leur venir en aide, en particulier lorsqu’elles venaient du Vietnam alors en guerre .

La forte personnalité de madame Croce, qui savait entraîner avec chaleur ses élèves sur les chemins de la connaissance, a suscité en eux un grand attachement . Ils l’ai- maient profondément et beaucoup sont restés en contact avec elle lorsqu’elle a pris sa retraite en 1987 .

Les dernières années ont été assombries par la maladie de Parkinson de son mari . Elle allait le voir tous les jours à l’hôpital Broca . C’est là qu’elle est décédée, six mois avant lui .

Des anciens élèves témoignent :

« Madame Croce fut notre professeur de physique-chimie pendant notre première année de classe préparatoire au lycée Fénelon, en 1961-62 . Dès le premier cours, elle nous a beaucoup impressionnées à la fois par son aspect jeune et dynamique, malgré ses cheveux blancs, et par son exigence scientifique . C’était un professeur exception- nel, qui nous a marquées pour la vie . Elle nous faisait toujours sentir l’intérêt des sujets qu’elle abordait, en insistant pour qu’on comprenne vraiment les phénomènes . Elle nous apprenait à travailler et à apprendre, et en particulier à garder un esprit critique . Elle aidait tous ses élèves sans exception avec une grande générosité et son aide était particulièrement efficace, car elle tenait compte de la façon d’être de l’élève, et ne portait pas de jugement de valeur et jamais de mépris bien sûr .

« L’une de nous, devenue enseignante dans l’enseignement supérieur, a toujours cherché à imiter ses méthodes vis-à-vis des étudiants . L’autre lui doit sans conteste son choix d’être devenue chercheur en physique (alors qu’elle avait choisi initialement la biologie) .

« Nous avons pu constater lors de ses obsèques que la jeune génération, ses derniers élèves, partageaient notre enthousiasme et notre affection pour elle . »

Madeleine GUILLAUME SAUVE, sa sœur,
Anne-Catherine DAZY (1964 S) et Anne CRUBELLIER (1964 S)

« La très grande classe »

Avec mes contemporains élèves de math sup . bio . au lycée Fénelon, nous eûmes la très grande chance d’avoir dans les trois matières scientifiques une équipe de profes- seurs qui représentait très certainement la plus fine fleur de l’Enseignement en classes préparatoires au milieu des années soixante-dix . Parmi ces femmes d’exception qui m’ont laissé un souvenir très vif, quel bonheur d’avoir eu Cécile Croce comme profes- seur de physique ! Elle alliait une personnalité très attachante avec une très grande prestance professionnelle . Elle « maniait » la physique et la chimie, pour le plus grand bonheur de ses élèves, avec une pédagogie qui cherchait non seulement à rendre accessibles mais aussi à graver les concepts dans l’esprit de ses élèves ; personne mieux qu’elle ne savait faire « sentir » d’aussi près des notions comme la réversibilité en thermodynamique, et combien la physique « aimait » les extremums . Une grande dame de la physique, énergique, passionnée, exigeante, dont les cours étaient émaillés d’instants de prise de recul choisis avec soin, où l’on percevait un goût affûté pour l’épistémologie, et un humour qui n’était jamais loin .

Charles BACOT (1975 s)