HIÉBLOT James - 1952 s

HIÉBLOT (James), né le 10 décembre 1930 au Havre (Seine-Maritime), décédé le 9 décembre 2010 à Orléans (Loiret). – Promotion de 1952 s.


Je n’ai guère connu James Hiéblot à l’École : il était mon aîné de deux ans, ce qui faisait beaucoup à l’âge que nous avions . Matheux et physicien, il avait passé l’agrégation de physique après un diplôme d’études supérieures (obligatoire avant l’agrégation à cette époque), mais en mathématiques . En 1959, comme « caïman » (agrégé préparateur) il avait une « thurne » dans l’internat, où il avait organisé une fête somptueuse à l’occasion de la « garden-party » de l’École .

James Hiéblot était grand, il se tenait légèrement voûté, blond avec une grosse moustache rousse tombante comme celle d’un viking ; on le disait descendant de rois d’Écosse . Sa voix était douce, avec des intonations qui rappelaient parfois celles d’Yves Rocard (1922 s), son véritable maître scientifique . Jusqu’à son mariage en 1963, il était célibataire convaincu, nous disant que le mariage ne permettait pas de mener une véritable recherche scientifique .

Comme celle de son maître, le professeur Yves Rocard, sa carrière scientifique a été à la limite de la physique « classique » et de la géophysique, interne comme externe . Il a aussi côtoyé la recherche spatiale où se sont illustrés ses camarades de promotion, Pierre Morel et André Lebeau .

Je l’ai mieux connu en 1959, quand j’ai été nommé agrégé préparateur à l’École au laboratoire de physique, dirigé par Yves Rocard . Au début des années 1960, il parti- cipa avec celui-ci aux essais nucléaires à Reggane, puis plus tard en Polynésie .

Hiéblot a été sous-directeur du laboratoire de 1961 à 1964 . Je le voyais quotidien- nement dans le bureau R : il était souvent dans les étages dès 8 heures du matin (Yves Rocard, lui, y était dès 6 h 30), vérifiant l’état de la maison, suivant les travaux de nettoyage, d’électricité, d’aménagement, les fournitures... Avec lui, nous avons choisi le premier calculateur du labo de physique (on a hésité entre une CAB 500 et un IBM 1130 – question de prix) . Avec lui, j’ai fait installer le premier liquéfacteur d’hélium TBT dans le grand hall du laboratoire, et le réseau de récupération d’hélium gazeux dans tous les étages .

Hiéblot était censé préparer une thèse, comme nous tous, jeunes scientifiques sur des postes temporaires, mais je crois qu’il n’a jamais souhaité se concentrer sur ce type de travail et de rédaction, pas plus qu’il n’accordait d’importance au fait d’acquérir le titre de docteur . En revanche, ses connaissances étaient encyclopédiques, et il avait toujours des idées sur toutes les questions scientifiques qui pouvaient se présenter .

Il avait de réels talents d’administrateur et il a donc suivi cette voie en devenant en 1965, directeur du Centre de recherches ionosphériques, laboratoire commun au Centre national d’études des Télécommunications (Cnet), à l’Institut de physique du Globe (IPG) et au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), fondé en 1961 par André Lebeau à Saint-Maur .

Le Centre de recherches ionosphériques avait installé en 1968, une station de sondage ionosphérique aux îles Kerguelen, ce qui explique l’intérêt de James Hiéblot pour les expéditions en Terres australes . Ce type de recherches était en crise au début des années 1970, car le Cnet, ayant changé d’orientation, cherchait à s’en désengager . C’est la situation que j’ai trouvée quand Hubert Curien (1945 s) m’a nommé, en 1971, directeur scientifique du CNRS, chargé notamment de la géophysique, ce qui m’a permis de travailler de nouveau avec James . C’est l’époque où a été créé l’Inag (Institut national d’astronomie et de géophysique) . Au départ, celui-ci ne devait s’oc- cuper que de la construction des grands instruments d’astronomie et devait s’appeler l’Ina ; la géophysique a été ajoutée in extremis .

Le CNRS avait créé en 1959 à Garchy, dans la Nièvre, un laboratoire propre : le Centre de recherches géophysiques . Son directeur, Louis Cagnard (1920 s), pour qui il avait été créé, est mort en 1971 . James Hiéblot qui résidait à Orléans, a été volontaire pour en reprendre la direction avec l’aide du Cnet, avec pour projet de le diversifier vers le génie civil, l’archéologie, la prospection minière... Il l’a dirigé jusqu’en 1974 .

James Hiéblot a alors poursuivi une carrière d’administrateur scientifique au Cnet comme chef de département, puis chef de groupement . Je l’ai retrouvé en 1980 quand Jacques Ducuing m’a nommé directeur des relations extérieures du CNRS . Ducuing pensait que les chercheurs du CNRS pouvaient s’organiser pour exercer une influence sur les décisions scientifiques et politiques de la vie civile ; il appelait cela « Le Rayonnement » . J’ai nommé James « chargé de mission au rayonnement du CNRS », fonction qu’il a exercée jusqu’en 1984 .

Sa vaste culture scientifique l’a conduit à des activités de diffusion des savoirs ; d’abord au Palais de la Découverte où il fait fonctionner des camps d’été pour les jeunes des clubs Jean-Perrin . Il rejoint, comme délégué général pour les affaires scien- tifiques, André Lebeau (1952 s) qui dirigeait la mission de préfiguration qui devait conduire à la création de la Cité des Sciences et de l’Industrie, et au CNRS . Auprès de Maurice Lévy qui prend la direction de la CSI de 1985 à 1988, il continuera à jouer un rôle de conseiller et aura en charge des préfigurations puis la production de ce grand musée .

Après La Villette, il revient au CNRS où il est chargé de la coordination des Pir (Programmes interdisciplinaires de recherche) . Cette dernière responsabilité l’avait beaucoup intéressé, il était dans son élément, à la fois d’un point de vue scienti- fique et d’un point de vue relationnel . Il avait aussi participé au choix du premier astronaute .

James Hiéblot est décédé le 9 décembre 2010 . J’en garde le souvenir d’un scien- tifique remarquable avec des curiosités variées et d’un homme agréable et convivial .

Wladimir MERCOUROFF (1954 s) avec Étienne GUYON (1955 s)